N°771

INTERVIEW DANA REIZNIECE “IL Y A UN VÉRITABLE AMOUR DES ÉCHECS EN OUZBÉKISTAN”

Cette championne lettone, reconver tie en femme politique, est la direc trice générale de la FIDE. Elle travaille pour le développement des échecs dans le monde, avec une attention particulière pour les femmes. Elle est bien sûr au faîte des évènements officiels de la FIDE organisés en Ouzbékistan. Comment la FIDE a-t-elle décidé d’oc troyer l’organisation de l’Olympiade 2026 à Samarcande ? C’est l’assemblée générale qui a pris la décision. Elle s’était tenue dans le cadre de l’Olympiade de Chennai en 2022. Comme toujours, il y avait eu un appel d’offres et la ville de Samarcande avait obtenu la majorité des voix. Il y a de plus en plus d’évènements de la FIDE organisés en Ouzbékistan. Comment l’expliquez-vous ? Ils s’inscrivent dans le cadre d’un pro gramme global mis en place par le gou vernement du pays. L’organisation d’évè nements majeurs en fait partie, mais il y a d’autres initiatives très importantes. En 2026, il n’y aura pas qu’une Olympiade, mais deux, et elles seront organisées en même temps. Il y aura celle que nous connaissons tous avec les deux tournois habituels, ainsi que l’Olympiade pour les personnes handicapées. Nous organise rons également un congrès spécifique qui s’inscrira dans le cadre de « l’année pour les échecs et l’éducation », que la FIDE a décidé de dédier à ce thème si essentiel en 2026. Il réunira des experts et présentera les résultats des investiga tions les plus récentes. Ce sera l’un des temps forts de ce programme global que la FIDE est en train d’étendre au monde entier. Croyez-vous que les échecs reviennent vers leurs racines millénaires, en Inde comme en Ouzbékistan ? L’histoire est une base importante, bien sûr. L’héritage millénaire de ces pays d’Asie est un socle très solide sur lequel ils peuvent envisager de construire encore mieux l’avenir. Mais ce qui compte le plus, aujourd’hui, c’est la manière avec laquelle ils développent

les échecs. En Ouzbékistan, ils bénéfi cient d’un soutien politique important et tout va très vite. Il y a des joueurs très forts qui ont gagné des titres majeurs, à commencer par l’Olympiade en 2022 et récemment la coupe du monde. Ce qui se passe en Ouzbékistan est une excellente combinaison entre le passé, le présent et le futur. Il y a un véritable amour des échecs en Ouzbékistan. L’Ouzbékistan est-il en train de suivre le modèle indien, avec Rustam Kasimdzhanov dans le rôle de Vishy Anand ? Je pense que c’est un peu différent. Vishy a été le premier champion du monde indien et tout s’est construit à partir de son héritage. Aujourd’hui, tout le monde parle des échecs en Inde et c’est lui seul qui a donné l’impulsion. Rustam a été, lui aussi, sacré champion du monde, mais ce n’est pas à lui seul que l’Ouzbékistan doit son développement. Il n’a pas dépendu d’une personne, mais plutôt d’un environnement général. Le centre névralgique des échecs se déplace de plus en plus vers l’Asie au détriment de l’Occident, n’est-ce pas ? Oui, c’est exact. Je pense que la raison principale est que les échecs bénéficient d’un fort soutien de leur gouvernement dans certains pays d’Asie, et surtout de leurs leaders politiques. Si le président ou son Premier ministre s’engagent person nellement, les échecs deviennent plus forts. On le constate déjà en voyant la facilité avec laquelle on peut obtenir des visas pour voyager quand on est joueur d’échecs. En Europe, le fonctionnement est très différent. Si l’on ne fait pas partie de l’espace Schengen, ce n’est pas si facile d’y entrer. Financièrement, le développement repose surtout sur les clubs et grâce à des sponsors privés. Ils peuvent organiser des tournois impor tants, mais cela ne va pas plus loin. Il y a donc des raisons objectives pour que les échecs soient devenus plus puissants en Asie qu’en Europe. Il y a des raisons objectives pour que les échecs soient plus puissants en Asie... Dana Reizniece

Dana Reizniece, directrice générale de la Fide. © D.R.

Quelle est la situation des joueuses dans ces pays dont certains sont musulmans ? Lorsque nous parlons des femmes dans les échecs, il y a deux aspects : le haut niveau et les échecs amateurs. Les anciennes nations soviétiques ont gardé une part de leur héritage. Les femmes y jouaient beaucoup aux échecs. Au niveau de la FIDE, nous nous engageons de plus en plus pour que les femmes aient accès aux échecs dans tous les pays. Il y a aussi la compétition et l’ex cellence, bien sûr, et nous travaillons pour que les prix réservés aux femmes soient plus élevés, qu’elles puissent envisager une carrière professionnelle en gagnant correctement leur vie. La FIDE soutient-elle les joueuses des pays les plus pauvres, y compris pour participer à l’Olympiade ? Nous avons créé un fonds spécial il y a deux ans. Il est destiné à aider finan cièrement des équipes qui pourraient participer potentiellement à une Olym piade. Ce soutien leur permet d’avoir des sessions d’entraînement. La FIDE se chargera également des frais de voyage et d’hébergement de quatre ou cinq équipes féminines des fédérations les plus pauvres. J’espère que nous accueillerons bien plus de joueuses à Samarcande et que nous battrons le record de participation de l’Olympiade organisée en Hongrie en 2024. » n

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