N°771
Publication animée
N°771 JANVIER 2026
C ette question reste ouverte depuis la consécra tion d’un premier champion du monde officiel – Wilhelm Steinitz – en 1886. Jusqu’à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, la désignation d’un prétendant était le résultat d’un choix arbitraire du tenant du titre. La plupart des champions ont fait de la rétention pour remettre en jeu le titre mondial. Par exemple Lasker par rapport à Tarrasch, alors qu’à la fin du XIX e siècle ce dernier était considéré comme le champion du monde des tournois. Plus tard, Rubinstein, écarté, dans l’incapacité de trouver des mécènes pour financer le match. Alekhine se dérobant devant les attentes d’une revanche après sa victoire en 1927 face à Capablanca. En 1948, le championnat du monde passe sous la gouvernance de la FIDE et la domination soviétique est sans partage. Un système de sélection basé sur des tournois zonaux, interzonaux et finalement des Candidats permet aux Soviétiques de triompher à chaque fois jusqu’à l’arrivée de Bobby Fischer. La présence des joueurs sovié tiques était majoritaire dans tous les tournois et une coalition, ou du moins une entente, rendait quasi impossible l’accès au titre pour un joueur étranger. Le résultat fut un nouveau système, les Candidats se confrontant depuis 1965 dans des matchs qui ont permis au champion américain Fischer de s’imposer en 1971 avec des scores inégalés, 6-0 face à Taimanov et Larsen, puis 6,5-2,5 face à l’ex champion du monde Petrossian, avant d’être couronné champion du monde en 1972. En 1975, Fischer abandonne le titre face au vainqueur des Candidats, Karpov, issus du même système. Il comptait 5 Soviétiques sur les 8 qualifiés avec une moyenne d’âge de 36 ans. 51 ans plus tard, nous retrouvons 8 Candidats issus d’une formule hybride qui est loin de rallier tous les suffrages. 2 joueurs, Giri et Bluebaum issus du tournoi Open “Grand Swiss”, 2 joueurs, Caruana et Praggnanandhaa, des “Circuit FIDE 2024 et 2025”, Nakamura meilleur Elo et 3 joueurs qualifiés via la coupe du monde : Sindarov, Wei Yi et Esipenko. Un petit bémol, les trois qualifiés se sont départagés en parties rapides... paradoxal pour jouer un tournoi classique en 14 parties ! Cinq d’entre eux font partie du top 10, toutefois la révélation de quelques outsiders dont Esipenko 34 e , Bluebaum 43 e du classement mondial et Sindarov 22 e , vainqueur de la coupe du monde, apporte un peu de fraîcheur et d’incertitude même si, sur le papier, les 2 champions américains Caruana et Nakamura apparaissent comme favoris. Un fait, le club fermé du Top 10 qui “plane” au-dessus de 2750 Elo n’est pas aussi éloigné des jeunes talents en pleine progression. En effet, le rajeunissement de l’élite interroge car la moyenne d’âge des joueurs participants au prochain Tournoi des Candidats se situe autour des 27 ans. Le grand changement est un nombre croissant de joueurs de haut niveau provenant du continent asiatique. Pourtant, les Indiens, favoris à Goa avec la plus grande délégation de 24 participants, n’ont pas réussi à placer un seul d’entre d’eux dans le trio de tête de la coupe du monde. De plus, une situation nouvelle est apparue depuis l’aban don du titre par Carlsen. L’actuel champion du monde indien Gukesh, avec des résultats en demi-teinte, peine à démontrer qu’il est le plus fort joueur et expose le titre à la portée de plusieurs Candidats. Vous retrouverez un dossier consacré à l’Ouzbékistan, une nation montante sur l’échiquier mondial. Toute l’équipe d’ Europe Echecs vous souhaite une bonne et heureuse année 2026. Bonne lecture. Georges Bertola DESIGNATION D’UN CHALLENGER OU LA QUADRATURE DU CERCLE
LE MAGAZINE g ACTUALITÉS EN BLITZ .............................................. 4 Après Magnus, Hikaru papa ! g EN COUVERTURE ..................................................... 6 OUZBÉKISTAN, LA NOUVELLE VAGUE VENUE D’ASIE LE TRIOMPHE DE SINDAROV À GOA ABDUSATTOROV, L’AIGLE D’OUZBÉKISTAN À LONDRES n Interview de Javokhir Sindarov par Jean-Michel Péchiné n Analyse de Rustam Kasimdzhanov n Analyse de Yannick Gozzoli n Interview d’Ivan Sokolov, capitaine de l’équipe d’Ouzbékistan championne olympique en 2022 n Interview de Dana Reizniece, directrice générale de la FIDE n La montée en puissance des échecs en Ouzbékistan par Husan Turdialiev n En Ouzbékistan, le jeu d'échecs va de soie, la rubrique “Pays du mois” de Vincent Moret n President Cup : “Mon voyage en Ouzbékistan”, par Maxime Lagarde g FREESTYLE CHESS EN AFRIQUE DU SUD ........................ 27 LE DOUBLÉ DE LEVON ARONIAN n Reportage de Sylvain Ravot g CHAMPIONNAT D’EUROPE RAPIDE ET BLITZ .................... 30 UNE 4 e PLACE POUR LAGARDE n Le reportage de Antoine Ellis ; Interview de Nderim Saraçi g RÉTROSPECTIVE ...................................................... 32 LES TEMPS FORTS 2025 EN BLANC OU EN NOIR n La dizaine des faits majeurs qu’il faudra retenir de 2025 n La plus belle partie 2025 selon Romain Edouard : Aditya-Erdogmus n La plus belle partie 2025 selon Fabien Libiszewski : Harikrishna-Nesterov n La plus belle partie 2025 selon Matthieu Cornette : Pragg-Rapport g CLASH DES GÉNÉRATIONS - ÉPISODE 2 ......................... 42 ERDOGMUS-MVL À MONACO : 3,5-2,5 n Analyse de Yagiz Kaan Erdogmus g LA PARTIE DU MOIS .................................................. 44 WEI YI AUX CANDIDATS : MERCI, LA CHANCE ! Par Gata Kamsky g LA CRÉATIVITÉ AUX ÉCHECS ........................................ 47 LONDON CHESS CLASSIC : FIROUZJA LUMINEUX ! Par Vasyl Ivanchuk g LA JOUEUSE DU MOIS ............................................... 50 ANNA SHUKHMAN, LA NOUVELLE STAR RUSSE Par Susan Polgar LE CAHIER PÉDAGOGIQUE g LA PARTIE STRATÉGIQUE DU MOIS ............................... 53 POLUGAÏEVSKY-TORRE EN 1981 Par Marc Quenehen g LA THÉORIE DES OUVERTURES .. ................................. 56 LES GAMBITS À LA LOUPE : LE GAMBIT GÖRING, UN PROCHE COUSIN DU GAMBIT DANOIS Par Igor-Alexandre Nataf g FAITES-VOUS LA MAIN ................................................ 60 LES 9 COMBINAISONS DU MOIS - CALCUL & HISTOIRE - ÉTUDES Par Sylvain Ravot g EN FINALES AVEC LIBI ! ............................................. 64 UNE ÉPINE DANS LE CAMP ADVERSE : LA PUISSANCE DES PIONS “a” ET “h” EN 6 e RANGÉE Par Fabien Libiszewski g PRINCIPES INDÉMODABLES ....................................... 68 PASSONS À L’ATTAQUE AVEC LES FOUS DE COULEURS OPPOSÉES ! Par Romuald De Labaca g AMATEUR VS MAÎTRE ................................................. 73 L’ŒIL DU TIGRE D’AUGUSTIN RODRIGUEZ ! Par Matthieu Cornette g DANS LE RÉTROVISEUR ............................................ 76 HOMMAGE À MIHAI SUBA 1947-2025 Par Georges Bertola g TOURNOIS & STAGES ................................................. 81 g CLIN D’ŒIL : la photo du mois ....................................... 82 g ABONNEMENT : nos offres pour 6 mois, 1 an, 2 ans .............. 82
COUVERTURE © PHOTOS LENNART OOTES ET MICHAL WALUSZA/FIDE. COMPOSITION GUILLAUME VUILLECARD.
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ACTUALITÉS EN BLITZ
APRÈS MAGNUS, HIKARU PAPA !
L ’Américain est le n°2 mondial actuel et le Norvégien, incontourna ble n°1, l’a également devancé sur un thème bien plus privé, celui de la pater nité. Magnus Carlsen et son épouse, Ella Victoria, avaient annoncé la nais sance de leur premier enfant en septem bre 2025. Ils étaient tous trois au Cap, en Afrique du Sud, où Magnus a dis puté la dernière étape du Freestyle. Vaincu en finale par Levon Aronian, il a remporté le circuit, gagnant en passant près de 800 000 dollars ( cf. le reportage de Sylvain Ravot en page 27 ). De l’été
austral à l’hiver glacial des États-Unis, il n’y a qu’un saut de puce pour ces cham pions qui sont d’éternels voyageurs. En décembre, Hikaru Nakamura et Atousa Pourkashiyan ont annoncé à leur tour la naissance de leur premier enfant. « Je ne jouerai plus de parties classiques avant le Tournoi des Candidats. Ma femme va accoucher prochainement », avait déclaré récemment Hikaru. Europe Echecs sou haite à ce joueur génial tout le bonheur du monde ! g Hikaru Nakamura en pleine extase lors d’un saut en para chute en 2020 : “Vivez pleinement votre vie !”
© d.R.
PRAGG ET LES 7 CANDIDATS
V oir l’Indien se mêler à la foule des amateurs, c’était la grande curiosité de l’open principal organisé en parallèle du London Chess Classic. Évidemment, ce n’était pas l’un de ces petits tournois anonymes américains que Nakamura a disputés pour assurer sa qualification au classement Elo de la FIDE pour les Candidats. Mais là encore, Pragg (2768) était largement favori. Il y avait 119 joueurs et le Serbe Velimir Ivic était tête de série n°2, devant l’Espagnol Daniil Yuffa, tous deux étant classés à 2618. Le jeune virtuose indien, âgé de 20 ans, n’a pas eu à forcer la main dans les premières rondes (+3 =2), ni à puiser excessivement dans ses préparations dans les quatre dernières (+2 =2). Il a fini 1 er au départage avec 7/9. Il a perdu 2 points Elo, mais l’enjeu était de marquer de nouveaux points précieux au classement du Circuit 2025 de la FIDE. À Londres, il en a ajouté huit à son compteur, ce qui lui a permis de s’assurer sa 1 re place finale et sa qualification pour les Candidats. g
Praggnanandhaa, qualifié à nouveau pour les Candidats à 20 ans.
© leNNaRT OOTes.
LA COUPE DU MONDE AU PAYS DE VISHY
L ’Inde n’avait plus accueilli la coupe du monde depuis près de 20 ans. La première fois c’était à New Delhi en 2000, mais la finale s’était disputée à Téhéran, en Iran. Le titre mondial FIDE était en jeu et Vishy Anand avait été sacré après avoir « pulvérisé » Alexey Shirov en finale (3,5-0,5). En 2002, cette épreuve fut à nouveau organisée en Inde. Elle se déroula en intégralité à Hyderabad. Anand battit Rustam Kasimdzhanov en finale mais, cette fois, le titre FIDE n’était pas en jeu. En passant, l’Ouzbek s’imposa en 2004 à Tripoli, titre mondial en jeu. Il aura fallu attendre ensuite plus de deux décennies pour que l’Inde accueille à nouveau la coupe du monde à Goa. Le dénominateur commun de ces trois évènements est Vishy Anand, actuel président délégué de la FIDE. Malgré ses défaites face à Kasparov en 1995 et Karpov en 1998, il était déjà considéré comme un « dieu vivant » en Inde. Depuis lors, il traîne dans son sillage des sponsors puissants. C’est ainsi que
furent organisées les deux premières coupes du monde, taillées à sa mesure. En 2013, il affronta Magnus Carlsen à Chennai où il est né. Sa couronne perdue, il décida de construire les piliers d’une école de champions, suivant le modèle soviétique de Mikhail Botvinnik. En 2022, il fut le promoteur et l’ambassadeur n°1 de l’Olympiade de Chennai. En 2025, deux de ses élèves les plus prodi gieux étaient en lice à Goa. Gukesh, son pre mier successeur au
Vishy Anand lors de la cérémonie de clôture à Goa. © michal walusza / fide.
Panthéon, chuta dès le 3 e tour. Le cham pion du monde n’avait rien à gagner de spécial dans ce tournoi, mais il devait l’honorer de sa présence. Praggnanandhaa fut éliminé au 4 e tour face à Dubov, ex-secondant de Magnus
Carlsen. Qualifié par un autre biais, il défendra à nouveau ses chances aux Candidats. Verra-t-on un match mon dial opposant les deux héritiers de Vishy, Gukesh et Pragg, à Chennai en 2026 ? g
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PAR JEAN-MICHEL PÉCHINÉ
LA JEUNESSE EN FORCE À GOA
À la veille de ses 20 ans, Javokhir Sindarov était tête de série n°16 ( cf. son interview en page 8 ). Qui aurait cru que l’Ouzbek puisse gagner le tournoi ? À 26 ans, la présence en finale de Wei Yi, tête de série n°7 était plus attendue. Mais qui aurait misé une roupie sur Andrey Esipenko, 23 ans ? Le jeune Russe exilé en Occident a fini 3 e , assurant lui aussi sa qualification pour les Candidats. Son rival lors de cette « petite finale » qui rapportait énormément d’argent
– et tant d’ambitions nouvelles – était l’Ouzbek Nodirbek Yakubboev, lui aussi âgé de 23 ans. Tous deux étaient respectivement têtes de série n°27 et n°28. Les favoris au départ étaient Gukesh, Erigaisi, Pragg, Giri, So et Keymer. Ils ont sombré très vite, comme Abdusattorov, Mamedyarov, Niemann et Maxime Vachier-Lagrave, tête de série n°11. g
Javokhir Sindarov, vainqueur de la coupe du monde à 19 ans, avec Wei Yi 2 e et Andrey Esipenko 3 e .
© michal walusza / fide.
2026 : CE QUI VOUS ATTEND !
L a FIDE a créé un nouveau circuit mixte classique, rapides et blitz. La cadence clas sique a été raccourcie à 45 minutes + 30 secondes. 2026 sera une année pilote. En 2027, ce cycle organisé en partenariat avec le Norway Chess décernera un titre mondial officiel. Quels seront les tournois au programme ? Comme toutes les années paires, 2026 sera marquée par les tournois phares officiels. Les Candidats et les Candidates s’affronteront à Chypre du 28 mars au 16 avril. Qui aura la chance de défier Gukesh et Ju Wenjun, titre mondial en jeu ? Côté tournois privés, Marc’Andria Maurizzi ouvrira le bal à Wijk aan Zee. Jeroen van den Berg, le directeur du Tata Steel, était à Djerba en février dernier, où le prodige corse avait réalisé une performance exceptionnelle. Réussira-t-il à gagner le tournoi Challengers et son ticket pour disputer le prestigieux Masters en 2027 ? Le circuit du Freestyle poursuivra-t-il son aventure ou restera-t-il une tentative éphémère pour concurrencer les échecs classiques ? Par équipes, l’évènement incontournable sera l’Olympiade qui aura pour théâtre la cité antique de Samarcande. En Ouzbékistan, les Tricolores tireront-ils leur épingle du jeu ? Qui des Indiens ou des Ouzbeks triomphera ? Les États-Unis, nation n°1 mondiale et sacrés champions olympiques en 2016, auront-ils un sursaut d’orgueil ? g
Marc’Andria Maurizzi, lauréat du meilleur joueur français en 2023, ici à Wijk aan Zee.
© leNNaRT OOTes.
L e « Jeu de la Dame » avait explosé les audiences sur internet durant la pandémie. Le monde avait découvert ce qu’est la vie d’une joueuse d’échecs de haut niveau. Judit Polgar n’a pas vécu autant d’émois sentimen taux ou d’aventures cinématogra phiques durant sa carrière, mais elle fut la « Reine de Echecs » durant sa carrière. Aujourd’hui encore, la star hongroise est considérée comme la meilleure joueuse de l’histoire. En JUDIT SUR NETFLIX !
2026, Netflix continuera de surfer sur la vague de l’engouement actuel pour les échecs. Elle diffusera un documentaire sur la vie de Judit. Revenir de la fiction et s’inspirer de la réalité, plutôt que dans le sens inverse, c’est l’une des tendances actuelles. Vivre et aimer la beauté de la vie dans la vie réelle. Meilleurs voeux à tous et à toutes pour 2026 ! g
Judit Polgar, la reine des échecs.
© leNNaRT OOTes.
LE CHIFFRE DU MOIS
Il a trois ans et il est le plus jeune joueur de l’histoire ayant eu un classement Elo. Cet enfant indien a appris les échecs à deux ans et demi. On dirait qu’il a déjà tout compris, et surtout ses parents. À peine sorti du berceau, Sarwagya Singh Kushwaha est déjà un joueur de compétition. Marchera-t-il sur les traces de Gukesh, Pragg et Erigaisi ?
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OUZBÉKISTAN LA NOUVELLE VAGUE VENUE D’ASIE EN COUVERTURE
L e développement en Ouzbékistan est fascinant. Europe Echecs l’a passé aux rayons X. Comment cette nation de 36 millions d’habitants a-t-elle réussi la prouesse de parvenir au plus haut niveau mondial en 20 ans ? Rustam Kasimdzhanov avait montré l’exemple en 2004 lorsqu’il s’était paré de la cou ronne de la FIDE, à Tripoli, comme Vishy Anand l’avait fait à Téhéran en 2000. En 2025, les prodiges de l’Ouzbékistan ont encore montré qu’ils voulaient rivaliser avec Gukesh, Pragg, Erigaisi et consorts. Une radioscopie complète Husan Turdialiev, ancien président de la fédération, en est toujours l’un des hommes forts. Ce passionné retrace les grandes étapes d’une croissance magni fiquement orchestrée. Les structures sont solides. Elles préfigurent un avenir radieux pour les échecs en Ouzbékistan, où se déroulera l’Olympiade à Samar cande en septembre. Dana Reizniece, directrice générale de la FIDE, est très claire : « Il y a un véritable amour des échecs en Ouzbékistan. » Ivan Sokolov était le capitaine de l’équipe qui avait triomphé à l’Olympiade en 2022, à Chennai, dans le fief historique de Vishy Anand. Son interview est évidem ment très instructive. Vincent Moret présente l’Ouzbékistan à travers son habituelle rubrique “Pays du mois” qui intègre naturellement ce dos sier. Yannick Gozzoli analyse la victoire exceptionnelle de Nodirbek Abdusattorov à Londres. Maxime Lagarde vous raconte comment il a vécu son séjour en Ouzbékistan, où il a fini 4 e de la President Cup. Rustam Kasimdzhanov analyse l’exploit de son ancien élève Javokhir Sindarov, vainqueur de la coupe du monde, 21 ans après. Sindarov lui-même, jeune champion de 19 ans, vous explique comment il a réussi à s’imposer à Goa. Comment voit-il les échecs actuels ? Qu’aime-t-il le plus dans ce sport de l’es prit ? Quel sera son objectif au Tournoi des Candidats ? n J.-M.P. Javokhir Sindarov a rayonné sur la coupe du monde à Goa, en Inde. Nodirbek Abdusattorov a quant à lui survolé le London Chess Classic.
2015
2020
2025
USA 1 er Russie 4 e France 6 e Inde 2 e
1 er
1 er
9 e 6 e 4 e 2 e
5 e 6 e 7 e 4 e
OUZBÉKISTAN 12 e
LA PROGRESSION FULGURANTE DE L’OUZBÉKISTAN DANS LE CLASSEMENT DES NATIONS On parle souvent de l’explosion de l’Inde mais on constate que cette nation était déjà 5 e en 2015. On peut donc parler d’une confirmation. La courbe de l’Ouzbékistan est quant à elle on ne peut plus parlante, avec un bond de 33 places en dix ans ! Nodirbek Abdusattorov (à g.) et Javokhir Sindarov – qui font la couverture ce mois-ci – peuvent aussi compter sur la montée en puissance de leur compatriote Nodirbek Yakubboev.
Arménie 13 e
30 e
Kazakhstan 35 e
39 e
40 e
45 e
© LENNART OOTES ; MICHAL WALUSZA / FIDE. ; INFOGRAPHIE EDITIONS 360.
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UNE PROGRESSION FULGURANTE ET SANS ÉGALE !
L a progression récente des échecs ouzbeks est largement passée sous les radars, comme éclipsée par les performances de l’Inde. Elle est pour tant fulgurante ! En décembre 2015, l’Ouzbékistan était classée seulement 45 e au classement mondial des nations, calculé à partir de la moyenne Elo de ses dix meilleurs joueurs. Avec un Elo moyen de 2488, l’Ouzbékistan était alors au niveau des Philippines ou de la Moldavie. Aucun Ouzbek ne figurait dans le Top 50 mondial, et son meilleur joueur, l’ancien champion du monde Rustam Kasimdzhanov (44 e mondial avec 2702 Elo) ne jouait plus guère après avoir terminé avant-dernier du Grand Prix de Tachkent en 2014. Le “moment ouz LE CLASSEMENT DU TOP 20 DES NATIONS SELON LES MOYENNES ELO Avec une moyenne Elo de 2605 de ses 10 meil leurs joueurs en 2025, l’Ouzbékistan est aux portes du Top 10 mondial.
COMPARATIF DES MEILLEURS ELO 2025 POUR L’INDE, LA RUSSIE ET L’OUZBÉKISTAN
bek” semblait passé, la parenthèse refer mée, et le pays faisait face à un véritable trou d’air. Quelques observateurs notent alors, sans trop s’y attarder, une informa tion surprenante : en 2014, un jeune Ouzbek de 9 ans parvient à battre deux grands-maîtres internationaux, Andreï Jyhalka et Rustam Khusnutdinov, lors du tournoi organisé en hommage à Gueorgui Agzamov. Un bel exploit, mais pas de quoi renverser la tendance pense t-on à l’époque. Une percée sans équivalent Dix ans plus tard, la progression est spec taculaire. L’Ouzbékistan est désormais la 12 e nation mondiale à la moyenne Elo de ses dix meilleurs joueurs. Elle gagne 33 places en une petite décennie, et s’installe au-dessus de la barre symbo lique des 2600 Elo. Une percée qui n’a pas d’équivalent dans le monde ! L’Inde, pays dont le boom échiquéen a ébloui le monde entier, occupait déjà la 5 e place mondiale en 2015, et sa domination actuelle est davantage une montée en puissance progressive qu’une explosion soudaine. La situation est très différente pour l’Ouzbékistan, et cet exploit est d’autant plus remarquable que le pays compte moins de 40 millions d’habitants. Sa force démographique n’explique donc pas cette irruption soudaine sur l’échiquier mondial. L’Ouzbékistan au niveau de la Russie ! Si l’on regarde seulement la moyenne Elo des cinq meilleurs joueurs, pour atténuer le différentiel démographique entre les pays, le tableau est encore plus parlant. L’Ouzbékistan monte alors au niveau de la Russie, dépassant même cette grande nation échiquéenne si l’on regarde seule ment ses trois meilleurs joueurs ! Une situation qui aurait semblé inimaginable il y a peu, mais qui confirme la formule choisie par Europe Echecs au moment de l’Olympiade de 1992, la première après la chute de l’Union soviétique : “L’URSS éclatée, ses rejetons s’éclatent !” Parmi les nombreux “rejetons” de l’ex superpuissance des échecs, l’Ouzbékistan est celle qui tire actuellement son épingle du jeu, et l’élève est en train de dépasser le maître. Seule l’Azerbaïdjan occupe une position comparable, mais son profil est radicalement différent, avec des joueurs plus “âgés” comme Teimour Radjabov ou Shakhriyar Mamedyarov. L’avenir appar tient donc bien à l’Ouzbékistan et à son trident Nodirbek Abdusattorov, Javokhir Sindarov et Nodirbek Yakubboev ! n
INDE
ERIGAISI A. 2775 PRAGGNANANDHAA R. 2761 GUKESH D. 2754
ANAND V.
2743
VIDIT S.G.
2708
Moyenne des 3 meilleurs Elo 2763 Moyenne des 5 meilleurs Elo 2748
OUZBÉKISTAN
ABDUSATTOROV N. 2732
1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9.
ÉTATS-UNIS
2727 2714 2666 2652 2637 2628 2624 2624 2619 2615 2614 2605 2602 2594 2592 2588 2572 2570 2560 2558
SINDAROV J.
2726
INDE
CHINE
YAKUBBOEV N.
2691
RUSSIE
KASIMDZHANOV R. 2671 VOKHIDOV S. 2641
ALLEMAGNE
FRANCE
AZERBAÏDJAN
Moyenne des 3 meilleurs Elo 2716 Moyenne des 5 meilleurs Elo 2692
UKRAINE HONGRIE PAYS-BAS ESPAGNE ARMÉNIE NORVÈGE POLOGNE
RUSSIE
10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20.
NEPOMNIACHTCHI I. 2723 ANDREIKIN D. 2710 ESIPENKO A. 2698
OUZBÉKISTAN
ANGLETERRE
SVIDLER P.
2682
ISRAËL
DUBOV D.
2672
IRAN
SERBIE TURQUIE
Moyenne des 3 meilleurs Elo 2710 Moyenne des 5 meilleurs Elo 2697
PHOTOS vIGNETTES JOUEURS © LENNART OOTES.
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OUZBÉKISTAN LA NOUVELLE VAGUE VENUE D’ASIE
INTERVIEW JAVOKHIR SINDAROV “J’ADORE LES ÉCHECS DYNAMIQUES, J’AIME ATTAQUER, SACRIFIER UNE PIÈCE”
À 19 ans, il a réalisé un exploit en devenant le plus jeune vainqueur d’une coupe du monde. Pour le prodige ouzbek, ce n’est pas une surprise, précise-t-il dans son interview. Comme s’il était déjà programmé pour le titre mondial.
VAINQUEUR DE LA COUPE DU MONDE
Comment as-tu réagi après ta victoire ? « J’étais si fatigué, mais j’étais évidem ment très heureux d’avoir gagné le tour noi et bien sûr, de m’être qualifié pour les Candidats. C’était mon objectif en 2025 et c’est l’une des plus grandes réussites de ma vie. Quel a été le moment critique quand tu as su que tu pouvais gagner ? C’est un long tournoi. Il faut être bien préparé physiquement et dans tous les aspects de la compétition. J’ai commencé à y croire après ma victoire au 4 e tour contre Yu Yangyi (2,5-1,5). Je me suis rendu compte que je jouais vraiment bien et je me suis dit que je pouvais battre n’importe qui. J’ai pensé que j’avais une opportunité de me qualifier pour les Candidats et tout s’est bien passé. Nous montrons la qualité de notre niveau dans pratiquement tous les tour nois que nous jouons depuis quatre ou cinq ans. Ce n’est pas vraiment une sur prise pour nous. Javokhir Sindarov
Javokhir Sindarov.
© LENNART OOTES.
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T’attendais-tu à voir deux joueurs d’Ouz békistan en demi-finales ? Je ne m’y attendais pas et j’en suis très heureux. Ce tournoi est très dur, c’était impossible de l’imaginer. C’est une réus site fantastique pour notre pays. Cela démontre que nous sommes très forts. Yakubboev est un ami. Il a fait un très bon tournoi depuis le début, mais il a raté sa dernière ronde. L’Ouzbékistan est devenu l’un des pays les plus puis sants du monde. Nous montrons la qualité de notre niveau dans pratique ment tous les tournois que nous jouons depuis quatre ou cinq ans. Ce n’est pas vraiment une surprise pour nous. Rustam Kasimdzhanov nous avait montré le che min (sacré champion du monde FIDE lors de la coupe du monde en 2004), même si je n’étais pas encore né. Vingt-et-un ans après, j’ai gagné ce tournoi. Pour notre pays, c’est un très grand succès. Rustam Kasimdzhanov est-il ton modèle ? Oui, bien sûr. De nombreux jeunes joueurs ont commencé à jouer aux échecs après sa victoire en 2004 et se sont inspirés de lui, comme Abdusattorov et moi. Nous nous sommes entraînés avec lui. Rustam nous a beaucoup appris et il était le capitaine de notre équipe. Il fait un peu la même chose que ce qu’a fait Vishy Anand en Inde. Tous les deux sont toujours disponibles pour aider la nouvelle génération. Les Ouzbeks sont-il désormais très proches des meilleurs joueurs indiens, comme Gukesh et Pragg ? Je pense que nous aurons de bonnes chances lorsque nous devrons nous battre contre eux. Nous nous affrontons déjà par équipe à chaque Olympiade. C’est toujours très tendu. Nous avons de très bons joueurs en Ouzbékistan et je pense que nous verrons bientôt deux ou trois d’entre nous dans le Top 10 mondial. Si nous avons de la chance, j’espère que nous aurons plus de jeunes joueurs très forts dans les 10 ans à venir, comme en Inde. Travailler dur est la clé du succès. Javokhir Sindarov Pour en revenir à la coupe du monde, comment as-tu vécu l’accueil extraordi naire que tu as reçu en Ouzbékistan ? J’étais parti depuis un mois. Je remercie tout le monde de m’avoir soutenu durant le tournoi et de m’avoir reçu comme un héros à mon retour, et déjà notre prési dent. Je suis devenu une grande source de
motivation pour de nombreux jeunes de notre pays. Ils ont compris qu’ils pou vaient y arriver s’ils s’entraînent comme moi, s’ils consacrent plus de temps aux échecs, qu’ils les aiment encore plus pour devenir peut-être des champions. Si nous avons de la chance, j’espère que nous aurons plus de jeunes joueurs très forts dans les 10 ans à venir, comme en Inde. Travailler dur est la clé du succès. À 19 ans, comment gères-tu cette nou velle vie ? Je vais maintenant me préparer pour disputer les Candidats, c’est un si grand tournoi. Je vais devenir l’un des meil leurs joueurs du monde, mais pour moi, ce n’est pas une surprise. Ma vie ne va pas beaucoup changer. Je vais continuer à travailler dur pour m’améliorer encore plus. Quel est ton objectif aux Candidats ? Je vais jouer de mon mieux et je verrai ce qui arrivera. C’est un tournoi très fort, mais j’ai une très bonne équipe et je pense que j’aurai mes chances. Il y aura d’autres jeunes joueurs contre lesquels j’ai déjà une bonne expérience, mais je n’ai pas joué souvent contre Fabiano Caruana et Hikaru Nakamura. Ce ne sera pas facile de savoir quoi faire, mais je vais bien me préparer et je verrai ce qui se passe. C’est déjà un plaisir de participer à ce tournoi. Aujourd’hui, je ne me préoccupe pas trop du résultat. L’essentiel, c’est que je joue mes meil leurs échecs. Gukesh avait gagné le tournoi à 17 ans et c’était sa première d’expérience. Penses tu pouvoir l’imiter ? Je ne pense pas comme ça d’une manière générale. L’âge n’est pas si important aux échecs. Il y a beaucoup de joueurs qui sont plus jeunes que moi et ils sont déjà très forts. Le champion du monde est, lui aussi, plus jeune que moi. Aujourd’hui, cela paraît normal. Je crois que si vous jouez bien, vous pouvez obtenir quelque chose de bien. Gagner la coupe du monde à 19 ans, sans avoir énormément d’expérience, cela me convient. Comment définirais-tu ton style ? Je suis un joueur agressif. J’aime les positions concrètes, la tactique, mais je suis à l’aise dans n’importe quel type de position. Je peux très bien jouer des posi tions “normales”. En fait, je crois que je suis un joueur universel. Je peux jouer les finales, la stratégie, etc., mais si je dois choisir, je préfère le jeu dynamique. Comment les ordinateurs et l’Intelligence Artificielle changent-ils la pratique des échecs ? Tous les joueurs de haut niveau doivent travailler avec les ordinateurs. C’est comme ça qu’ils révisent les positions,
c’est important, mais ce n’est pas vrai ment mon cas. Ce sont mes entraîneurs qui font ce travail avec les ordinateurs. Ensuite, ils me restituent leurs résultats, les lignes qu’ils pensent être les meil leures pour moi, et je les analyse sur l’échiquier. Je préfère sentir les positions comme un humain. Quelles étaient les idées et pourquoi je pourrais jouer quelque chose comme ça. Justement, quelles sont les clés de la vic toire, aujourd’hui ? Si vous voulez battre de très forts joueurs, vous devez jouer des positions ennuyeuses. Au bout d’un certain temps, ils peuvent faire une erreur. Sinon, il est très difficile de gagner s’ils ne se trom pent pas. Ils jouent comme des ordina teurs. Si vous regardez les grands tour nois, sur 15 parties, il n’y a peut-être que 5 ou 6 parties décisives. C’est pourquoi il faut très bien jouer ces « positions ennuyeuses », qu’elles soient techniques ou que ce soient des finales. Il faut être patient. Les très forts joueurs ne sont pas forcément si forts que ça en défense. C’est comme ça que Magnus Carlsen a gagné de nombreuses parties. C’est sa grande force. Il ne commet pas d’erreur jusqu’à la fin. Un autre joueur gagnera peut-être une partie sur dix en jouant de cette façon, lui, il en gagnera quatre ou cinq. Si Magnus peut jouer ainsi c’est parce qu’il est très fort et endurant physique ment, et toi ? C’est parce qu’il joue comme ça qu’il est Magnus Carlsen. Il est le meilleur dans ce type de positions ennuyeuses. Il peut jouer des parties de cinq ou six heures sans se tromper. Je travaille aussi physiquement avec mon coach Roman Vidonyak, mais pas seulement ça. Nous travaillons tous les aspects du jeu, la psy chologie, etc. Quelle est votre approche psychologique du combat avec Roman ? Tout dépend de l’adversaire, où j’en suis dans le tournoi, de la couleur avec laquelle je joue. Chaque approche est dif férente pour chaque partie. Elle est spéci fique et change tout le temps. Les échecs sont un jeu très intéressant, mais avec les ordinateurs, il est très dif ficile jouer de manière créative. Au top niveau, il est très dur de trouver quelque chose de spécial dans l’ouverture. Javokhir Sindarov
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est le plus fort joueur du monde depuis si longtemps. J’étais vraiment heureux. Je ne me suis pas dit qu’il était plus fort que moi. J’ai joué d’une manière très sûre. Une victoire contre lui vous donne le sentiment que vous pouvez jouer contre n’importe qui et le battre. Vous croyez en vous. Vous vous dites qu’il n’y a pas d’adversaire qui soit plus fort que vous. J’ai appris les Échecs au jardin d’en fants. J’avais 4 ans et demi. Ensuite, mon grand-père m’a appris à bien jouer. Il était amateur et il m’a accompagné dans ma progression durant des années. Il était à mes côtés lorsque j’ai joué mon premier tournoi à l’étranger, en Inde. J’avais 7 ans. Il a toujours cru en moi. C’est grâce à lui si je suis devenu un champion. Lorsque j’ai eu le titre de grand-maître, à 12 ans, il m’a dit que je devais suivre mon propre chemin. Javokhir Sindarov Une question subsidiaire, quand as-tu découvert les échecs ? J’avais 4 ans et demi et j’ai appris au jar din d’enfants (à la garderie de l’école). Ensuite, mon grand-père m’a appris à bien jouer. Il était amateur et il m’a accompagné dans ma progression durant des années. Il était à mes côtés lorsque j’ai joué mon premier tournoi à l’étran ger, en Inde. J’avais 7 ans. Il a toujours cru en moi. C’est grâce à lui si je suis devenu un champion. Lorsque j’ai eu le titre de grand-maître, à 12 ans, il m’a dit que je devais suivre mon propre chemin, qu’il fallait que je travaille dur et qu’il serait toujours là pour moi, comme toute ma famille. Aujourd’hui, il est vice-pré sident de la fédération d’échecs d’Ouzbékistan. Il est très fier de moi et il est un peu mon manager. Te souviens-tu des tournois que tu avais joués en ligne sur le site d’ Europe Echecs , durant la pandémie ? C’était en 2021 et 2022. C’est un très beau souvenir, bien sûr. J’étais très jeune et je crois en avoir gagnés deux ou trois. Je suis très heureux qu’ Europe Echecs développe les échecs à travers le monde. Je vous suis depuis longtemps et j’ai participé à de nombreux tournois en ligne sur votre plateforme. Je vous sou haite bonne chance et beaucoup de suc cès dans votre développement. » g
© LENNART OOTES.
LE TABLEAU FINAL DE LA COUPE DU MONDE Javokhir Sindarov victorieux de Magnus Carlsen lors de l’étape sud-africaine du Freestyle Chess.
HUITIÈMES DE FINALE
QUARTS DE FINALE
DEMI-FINALES
FINALES
SVANE F.
0,5
MARTINEZ ALCANT. J. 3,5 HARIKRISHNA P. 2,5 SINDAROV J. 1,5
SINDAROV J. 3,5 MARTINEZ ALCANT. J. 2,5
YAKUBBOEV N. SINDAROV J.
2,5
1,5
YAKUBBOEV N. SARGISSIAN G.
1,5 0,5 4,5 3,5
Finale
YAKUBBOEV N. DONCHENKO A.
1,5
SINDAROV J.
1 er 2 e
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LE QUANG L.
0,5
WEI Y.
DONCHENKO A.
DUBOV D.
1,0
3 e et 4 e
ESIPENKO A. GREBNEV A. SHANKLAND S.
ESIPENKO A. SHANKLAND S.
ESIPENKO A. YAKUBBOEV N.
2,0
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3 e 4 e
2,0
2,5 1,5
0
4,0
ESIPENKO A.
1,5 2,5
WEI Y.
WEI Y.
1,5
ERIGAISI A. ARONIAN L. SEVIAN S.
WEI Y.
0,5
2,5
ERIGAISI A.
0,5
1,5
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Qu’aimes-tu le plus dans les échecs ? J’adore les échecs dynamiques et j’aime rais toujours jouer comme ça. J’aime
raître après l’ouverture, mais il y a tant d’ouvertures ennuyeuses. Vous essayez de jouer de la manière la plus sûre possi ble, sans aucune créativité possible. C’est pourquoi il y a autant de nulles à haut niveau. Heureusement, il reste des lignes de la Sicilienne Najdorf ou de la Taimanov, qui peuvent conduire à des parties excitantes. Tu as battu Magnus Carlsen en Freestyle en Afrique du Sud. Que représente une telle victoire pour toi ? Ce n’était pas la première fois. Je l’avais déjà battu à Weissenhaus, en février. Il
attaquer, sacrifier une pièce. Les vois-tu comme un art ?
Les échecs sont un jeu très intéressant, mais avec les ordinateurs, il est très diffi cile de jouer de manière créative. Au top niveau, il est très dur de trouver quelque chose de spécial dans l’ouverture. Cette année, j’ai joué pas mal de tournois de Freestyle et j’ai adoré. Il y a de nom breuses positions créatives. Dans les échecs classiques, la créativité peut appa
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SINDAROV, YAKUBBOEV ET LE CARNAGE DES PREMIERS TOURS
B ien sûr, chaque tournoi à élimina tions directes réserve son lot de surprises, mais le carnage auquel nous avons assisté était sans doute unique dans les annales de la coupe du monde. Certains joueurs donnaient presque l’impression d’être heureux de rentrer chez eux. Malgré tout, une fois la poussière retombée, le tournoi conti nuait. Il ne restait plus que quatre joueurs et tous méritaient clairement leur place en demi-finales. Pour la première fois de l’histoire, elles comptaient deux joueurs ouzbeks. L’un d’eux, Javokhir Sindarov, a remporté le tournoi. Il est désormais considéré comme un joueur de top niveau. Il est encore très jeune et conti nue manifestement à s’améliorer. Yakubboev, l’autre Nodirbek, battu par son compatriote en demi, une première en coupe du monde ! L’autre, Nodirbek Yakubboev, gardera un souvenir mitigé de cet évènement. Il est probablement le moins connu du trio des « géants ouzbeks », mais il a pro gressé régulièrement au cours des deux dernières années. Je me souviens encore lorsque j’entraînais ces jeunes en 2016 : Yakubboev résolvait les problèmes à une telle vitesse que je m’étais rapidement retrouvé à court d’exercices ! Également connu pour son excellente technique de fin de partie, il a toutes les raisons pour devenir l’un des meilleurs joueurs au monde. Sa présence en demi-finale de la coupe du monde l’aidera certainement à y croire, même s’il devra surmonter la douleur de la façon dont tout cela s’est terminé. Sindarov est un joueur différent, avec un style agressif et brillant. Ce qui était remarquable à Goa, c’est sa polyva lence, ainsi que son incroyable sens posi tionnel. La partie que nous allons voir maintenant est « Karpovienne », dans le meilleur sens du terme. n La coupe du monde à Goa a été un évènement remarquable à bien des égards. Elle a débuté par un nombre record de top joueurs qui ont dû quitter le tournoi dès les premiers tours. Par Rustam Kasimdzhanov
Javokhir Sindarov lors du 3 e tour de la coupe du monde. © ETERI KUBLASHvILI / FIDE.
n’ont perdu qu’un temps pour jouer b d6, par rapport à la ligne avec 3... b e7 6... q xd6 7.e3 h e7 8. q b3 Pour garder le Fou en c8, mais cette mesure est très temporaire. 8...0-0 9. h f3 h d7 10. b d3 h f6 Rappelant aux Blancs que b f5 reste une option, même si les Noirs doivent proba blement encore gaspiller quelques coups pour défendre le pion « b ». 11. q c2?! Un mauvais signe. Quand vous jouez q b3 puis q c2, sans avoir rien obtenu en retour, vous ne passez probablement pas la meilleure des journées. En coupe du monde, j’ai remarqué que votre parcours se termine souvent après que vous ayez joué une partie trop timide avec les Blancs... Rustam Kasimdzhanov 11...g6 12.h3 b f5
RUSTAM KASIMDZHANOV GRAND-MAÎTRE INTERNATIONAL COMMENTE N. Theodorou – J. Sindarov Gambit Dame refusé (D31) Goa 2025 Coupe du monde - 3 e tour
1.d4 d5 2.c4 e6 3. h c3 c6 4.cxd5 Probablement surpris par le choix d’ou verture des Noirs, les Blancs jouent de manière très banale. La première partie avait été annulée. Ils auraient dû conti nuer avec 4.e4!, s’ils cherchaient un com bat en ayant leurs chances. 4...exd5 5. b f4 b d6
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6. b xd6 Un coup possible, bien sûr, mais c’est une approche un peu passive. Les Noirs ont déjà obtenu une égalité confortable. Ils
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La situation est assez équilibrée. Cette
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27... h d5! 28. h xd5 cxd5
position devrait normalement se terminer par une nulle tranquille, mais le coup suivant des Blancs crée des faiblesses potentielles. 13.g4?! Un coup acceptable s’il permet de limiter le rayon d’action du Fou lorsqu’il est en c8, mais après b f5, il semble un peu inutile. 13... b xd3 14. q xd3 a5! Le début d’une marche glorieuse. 15. h e5 h d7 16.f4 Logique bien sûr, mais cela crée aussi une faiblesse à long terme en e4. Les Blancs sont désormais clairement en difficulté. 16...f6 Bien sûr, il faut chasser ce Cavalier. Les Blancs n’auront rien à montrer pour com penser leur faiblesse centrale. 17. h xd7 Je suis peut-être trop critique, mais je pense que l’alternative était un choix plus combatif : 17. h f3!? pour faire le petit roque, puis jouer r ae1 et k h1 pour essayer d’obtenir un contre-jeu. 17... q xd7 18.0-0-0 a4
venu pour les Noirs de coordonner leurs pièces au centre. La menace est h c8-d6, avec le contrôle total de la position. 21.f5 Un peu un coup de panique, mais qui veut mourir à genoux ? Les Blancs cherchent du contre-jeu, ce qui n’est pas mauvais d’un point de vue pratique mais il va s’ar rêter à mi-chemin. 21...gxf5 22. r df1 k h8 Il est toujours important de protéger le Roi. 23. h e2!? Les Blancs essaient de trouver un peu d’activité pour le Cavalier avec l’idée h f4 ou h g3. Sinon, 23.gxf5 h c8 était encore pire pour les Blancs, même si ce n’est pas si évident. 23... q e6
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Les Blancs ont déjà trop de problèmes, et le pion a3 aggrave encore dix fois plus leur situation. Les finales de Tours ont peut-être ten dance à se terminer par la nulle. C’est ce qu’on dit généralement, mais celle-ci est absolument perdue. Rustam Kasimdzhanov 29. r c1 r g2 30. r c2 r eg8 31. r ff2 r 2g3 32. r fe2 r xh3 Le reste n’est que souffrance. 33. r c5 b6! 34. r c6 Si 34. r xd5 r h1+ 35. k c2 r c8+ 36. k d2 r a1 et le pion a2 est perdu. 34... r h1+ 35. k c2 r gg1 36. k c3 r c1+ 37. r c2 r xc2+ 38. k xc2 r h2+ 39. k c3 r xa2
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Un coup très naturel pour essayer de jouer q e4. Les Blancs ont ensuite réfléchi pendant près de 25 minutes. Ils sentaient que leur situation était critique. Leur choix a malheureusement été matérialiste... 24.gxf5? Ce n’était pas pour cela qu’ils avaient sacrifié un pion ! En essayant de rétablir l’équilibre matériel, les Blancs se retrou vent à bout de souffle. 24. h f4! était une bien meilleure tentative, sur quoi 24... q e4 est probablement le coup que les Noirs avaient prévu : 25. q xe4 A) 25...fxe4 26. h e6 r f7 27. h g5 r g7 28. h e6 r g6 29. k c2 et les Noirs auront bien du mal à harmoniser leurs pièces ; B) 25...dxe4 26.b4!? suivi de k c2-b3, avec un certain contre-jeu. 24... q e4! Normalement, cela n’aurait pas été déci sif, mais le pion a3 change tout. 25. q xe4 dxe4 26. h c3 26. k c2 r g8 27. k d2 r g2 et là encore, l’avenir est sombre. 26... r g8! Un coup très précis. Le pion e4 est tabou. 27. r f4 Si 27. h xe4 h d5 28. h d6 r g2 et voilà vraiment pourquoi il aurait fallu arrêter le pion « a » plus tôt.
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Crée une menace positionnelle que les Blancs n’auraient pas dû ignorer. 19. k b1? Un coup automatique joué en 2 minutes. Que ce soit bon ou mauvais, il fallait arrê ter le pion noir avec 19.a3! et les Noirs ne sont qu’un peu mieux. 19...a3 Ce pion est monstrueux et c’est un pro blème à long terme pour les Blancs. Javokhir s’est révélé être un joueur très patient dans cette partie et durant cette coupe du monde. Rustam Kasimdzhanov 20.b3 r ae8! Un très bon coup. L’objectif de cette Tour était de permettre au pion « a » de conti nuer à avancer. Après quoi, le moment sera
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Vous ai-je parlé du pion a3 ? Même un dur combattant comme le Grec Nikolas Theodorou devait être vraiment impatient d’abandonner. Les coups restants ne sont qu’une réticence à admettre la nécessité de faire ses valises et de partir. 40. k b4 k g7 41. r xb6 h5 42. r d6 h4 43. r xd5 r g2 44. r d7+ k h6 45.d5 a2 46. r a7 h3 47.d6 h2 48. r a8 r d2 49. k c3 Une partie d’une qualité à couper le souffle. Comment ces “enfants” peuvent ils être aussi bons ? 49... r xd6 Abandon. 0-1 n
Nom
Fed UZB GRE
Elo
SINDAROV J.
2721 2656
THEODOROU N.
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INTERVIEW DANA REIZNIECE “IL Y A UN VÉRITABLE AMOUR DES ÉCHECS EN OUZBÉKISTAN”
Cette championne lettone, reconver tie en femme politique, est la direc trice générale de la FIDE. Elle travaille pour le développement des échecs dans le monde, avec une attention particulière pour les femmes. Elle est bien sûr au faîte des évènements officiels de la FIDE organisés en Ouzbékistan. Comment la FIDE a-t-elle décidé d’oc troyer l’organisation de l’Olympiade 2026 à Samarcande ? C’est l’assemblée générale qui a pris la décision. Elle s’était tenue dans le cadre de l’Olympiade de Chennai en 2022. Comme toujours, il y avait eu un appel d’offres et la ville de Samarcande avait obtenu la majorité des voix. Il y a de plus en plus d’évènements de la FIDE organisés en Ouzbékistan. Comment l’expliquez-vous ? Ils s’inscrivent dans le cadre d’un pro gramme global mis en place par le gou vernement du pays. L’organisation d’évè nements majeurs en fait partie, mais il y a d’autres initiatives très importantes. En 2026, il n’y aura pas qu’une Olympiade, mais deux, et elles seront organisées en même temps. Il y aura celle que nous connaissons tous avec les deux tournois habituels, ainsi que l’Olympiade pour les personnes handicapées. Nous organise rons également un congrès spécifique qui s’inscrira dans le cadre de « l’année pour les échecs et l’éducation », que la FIDE a décidé de dédier à ce thème si essentiel en 2026. Il réunira des experts et présentera les résultats des investiga tions les plus récentes. Ce sera l’un des temps forts de ce programme global que la FIDE est en train d’étendre au monde entier. Croyez-vous que les échecs reviennent vers leurs racines millénaires, en Inde comme en Ouzbékistan ? L’histoire est une base importante, bien sûr. L’héritage millénaire de ces pays d’Asie est un socle très solide sur lequel ils peuvent envisager de construire encore mieux l’avenir. Mais ce qui compte le plus, aujourd’hui, c’est la manière avec laquelle ils développent
les échecs. En Ouzbékistan, ils bénéfi cient d’un soutien politique important et tout va très vite. Il y a des joueurs très forts qui ont gagné des titres majeurs, à commencer par l’Olympiade en 2022 et récemment la coupe du monde. Ce qui se passe en Ouzbékistan est une excellente combinaison entre le passé, le présent et le futur. Il y a un véritable amour des échecs en Ouzbékistan. L’Ouzbékistan est-il en train de suivre le modèle indien, avec Rustam Kasimdzhanov dans le rôle de Vishy Anand ? Je pense que c’est un peu différent. Vishy a été le premier champion du monde indien et tout s’est construit à partir de son héritage. Aujourd’hui, tout le monde parle des échecs en Inde et c’est lui seul qui a donné l’impulsion. Rustam a été, lui aussi, sacré champion du monde, mais ce n’est pas à lui seul que l’Ouzbékistan doit son développement. Il n’a pas dépendu d’une personne, mais plutôt d’un environnement général. Le centre névralgique des échecs se déplace de plus en plus vers l’Asie au détriment de l’Occident, n’est-ce pas ? Oui, c’est exact. Je pense que la raison principale est que les échecs bénéficient d’un fort soutien de leur gouvernement dans certains pays d’Asie, et surtout de leurs leaders politiques. Si le président ou son Premier ministre s’engagent person nellement, les échecs deviennent plus forts. On le constate déjà en voyant la facilité avec laquelle on peut obtenir des visas pour voyager quand on est joueur d’échecs. En Europe, le fonctionnement est très différent. Si l’on ne fait pas partie de l’espace Schengen, ce n’est pas si facile d’y entrer. Financièrement, le développement repose surtout sur les clubs et grâce à des sponsors privés. Ils peuvent organiser des tournois impor tants, mais cela ne va pas plus loin. Il y a donc des raisons objectives pour que les échecs soient devenus plus puissants en Asie qu’en Europe. Il y a des raisons objectives pour que les échecs soient plus puissants en Asie... Dana Reizniece
Dana Reizniece, directrice générale de la Fide. © D.R.
Quelle est la situation des joueuses dans ces pays dont certains sont musulmans ? Lorsque nous parlons des femmes dans les échecs, il y a deux aspects : le haut niveau et les échecs amateurs. Les anciennes nations soviétiques ont gardé une part de leur héritage. Les femmes y jouaient beaucoup aux échecs. Au niveau de la FIDE, nous nous engageons de plus en plus pour que les femmes aient accès aux échecs dans tous les pays. Il y a aussi la compétition et l’ex cellence, bien sûr, et nous travaillons pour que les prix réservés aux femmes soient plus élevés, qu’elles puissent envisager une carrière professionnelle en gagnant correctement leur vie. La FIDE soutient-elle les joueuses des pays les plus pauvres, y compris pour participer à l’Olympiade ? Nous avons créé un fonds spécial il y a deux ans. Il est destiné à aider finan cièrement des équipes qui pourraient participer potentiellement à une Olym piade. Ce soutien leur permet d’avoir des sessions d’entraînement. La FIDE se chargera également des frais de voyage et d’hébergement de quatre ou cinq équipes féminines des fédérations les plus pauvres. J’espère que nous accueillerons bien plus de joueuses à Samarcande et que nous battrons le record de participation de l’Olympiade organisée en Hongrie en 2024. » n
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INTERVIEW IVAN SOKOLOV “QUAND LA CONFIANCE GRANDIT EN VOUS, VOTRE ÉNERGIE SE RENFORCE”
E n 2022, il était le capitaine de l’équipe d’Ouzbékistan sacrée championne olympique. Son ef fectif était composé d’Abdusattorov, Yakubboev, Sindarov, Vakhidov et Vokhidov. Tous étaient si jeunes, mais le GMI néerlandais est un meneur d’hommes exceptionnel. Il sait com ment motiver ses joueurs pour les conduire vers la victoire. En octobre 2025, cet entraîneur si coté a conquis la coupe d’Europe avec le club roumain SuperChess. Quelle était ton impression lorsque tu étais pour la première fois en Ouzbékistan en tant qu’entraîneur ? La fédération m’avait invité. J’avais donné mon accord et j’avais été impres sionné. Auparavant, j’avais vu quelques parties de ces jeunes joueurs. J’avais compris clairement qu’ils avaient un gros potentiel. Je ne savais pas quel était leur niveau réel, mais il était évident qu’ils étaient sous-classés. C’est ce qu’ils ont démontré très vite aux yeux du monde des échecs en gagnant l’Olym piade. Il y avait déjà une super star dans l’équipe, avec Abdusattorov. Les autres joueurs n’étaient pas aussi connus, en tous cas, pas comme ils auraient dû l’être. Votre objectif était-il de gagner l’Olym piade ? Je crois que l’équipe était tête de série n°14. Les États-Unis avaient près de 150 points Elo de plus que nous en moyenne (2771 contre 2625). Quand on part de si loin, il n’est pas possible de croire que l’on puisse gagner le titre, mais je pensais que nous pouvions obtenir un bon résul tat, comme finir dans les cinq premiers. Cet objectif me semblait réaliste. Comment as-tu réussi à motiver ces joueurs qui étaient si jeunes ? Ils étaient eux-mêmes très motivés. Ce qui leur manquait, c’était de croire qu’ils pouvaient peut-être y arriver. La confiance se construit au fil du tournoi. Après la 7 e ronde, si vous êtes toujours “en vie”, vous pouvez commencer à vous dire que vous avez une chance de gagner Accompagner l’Ouzbékistan au plus haut niveau, telle est la mission du GMI et entraîneur Ivan Sokolov.
© LENNART OOTES. Ivan Sokolov.
leur gouvernement et ils avaient des sponsors privés. Le président de la fédé ration était un membre influent du parle ment. Le titre olympique a surtout favo risé l’organisation de grands évènements, comme les championnats du monde de rapides et de blitz en 2023 à Samarcande. Aujourd’hui, il y a des tournois privés importants, comme la President Cup, et l’Olympiade en 2026 se jouera à Tachkent. T’attendais-tu à voir Javokhir Sindarov remporter la coupe du monde ? Oui, absolument. Je n’avais aucun doute là-dessus. Le sponsor principal du Super bet m’avait demandé quel joueur a le plus de talent naturel selon moi. Je lui ai répondu que c’est Vishy Anand. Et parmi les joueurs réellement actifs, avait-il ajouté ? Je lui ai dit que c’est Sindarov. Ce n’était donc pas du tout une surprise pour moi. Lors de nos sessions d’entraî nement, à Tachkent, je voyais qu’il comprenait très vite tout ce que je lui montrais. J’avais joué plusieurs fois avec Magnus Carlsen lorsqu’il était
le titre. Quand la confiance grandit en vous, votre énergie se renforce. Vous vous sentez plus forts. Vous y croyez et c’est ce qui s’est passé en 2022. Ce triomphe a-t-il accéléré le développe ment des échecs en Ouzbékistan ? Évidemment, gagner l’Olympiade a beaucoup aidé, mais cela n’a pas été un facteur décisif. Les structures étaient déjà en place. Il y avait ce palais des échecs où ces jeunes joueurs s’entraî naient. Ils bénéficiaient du soutien de La qualité première de Sindarov, c’est la rapidité de penser. Ce n’est pas lié à une éducation avec les ordinateurs. C’est juste que certaines personnes comprennent les choses plus vite que d’autres. Ivan Sokolov
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