N°771
DANS LE RÉTROVISEUR
18…e5?! Vingt ans plus tard, j’ai réalisé que ce choix était malheureux. Les Noirs auraient dû rester fidèles à leur straté gie habituelle en jouant 18...h6, un détail qui aurait considérablement amélioré leurs possibilités dans le déroulement ultérieur des évènements. Ou mieux encore, le coup agressif 18... h c5! aurait été plus approprié. 19.fxe5! Si Uhlmann avait suivi la partie d’Amador Rodriguez Céspedes avec 19. h c2, ses ambitions auraient impli qué une énergie défensive encore plus grande après 19...exf4 20. q xf4 h c5 21. h b4 r d7 avec l’idée 22... q d8 et toutes les menaces possibles sont à la disposition des Noirs, par exemple la poussée a6-a5. 19… r xe5 Un coup douteux qui, toutefois, se prête à la pêche en eaux troubles. Les Blancs avaient envisagé la récupération classique 19... h xe5 pour obtenir une bonne position avec 20.g5 suivi de 21. h d5. Toutefois, après 20.g5 h h5 21. h d5 q c5 les Noirs ont un bon Lorsque j’ai revisité cette partie pour mon livre sur « le Hérisson », cette fois-ci à l’aide d’un programme infor matique, il est apparu que 20. h d5! donne un net avantage aux Blancs dans toutes les variantes, par exemple 20... b xd5 (20... q c5 21. h c6!) 21.cxd5 h xd5 22. q f2 h 5f6 23. r c1 h c5 (23... r c5? 24.g5!) 24.b4 h cxe4. Heureusement, la loi de Murphy qui dit : « Tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera mal », était au repos et, surtout, je jouais contre un humain. contre-jeu. 20. h de2?!
également faire abstraction, pour un temps, des percées thématiques ...b6-b5 et ...d6-d5, car le contre-jeu habituel dans ces positions est assuré par ...e6-e5. Cette avancée offrira un avant-poste tentant pour un Cavalier et/ou ouvrira la voie vers e4, une case devenue vul nérable. Ce coup, qui abandonne le principal atout du Hérisson et le contrôle de d5, doit être mûrement réfléchi et joué au bon moment. Quelques mois avant ce tournoi, Gheorghiu s’était retrouvé dans la même situation face à Stefanov (cham pion de Roumanie 1978) et joua 17...e5! 18. h c2 exf4 19. q xf4 h c5 20. h b4 q d7! et finit par gagner la partie. Le coup 17...e5 semble très opportun dans cette partie, puisque 18.fxe5 r xe5! est également bon pour les Noirs. J’ai analysé tout ceci avec Gheorghiu, mais à cause de mon aver sion pour les structures rigides, j’ai pensé que 17…e5 n’était pas encore nécessaire. J’ai décidé de consolider ma position et de continuer à « pêcher » ou d’attendre d’autres concessions de la part des Blancs. La logique est sim ple : si, comme le soutenaient de nom breux joueurs à l’époque, la position des Blancs est optimale, alors chaque coup ne peut que la détériorer ! » 18.g4?! Les fruits de ma patience ont com mencé à mûrir. Les Blancs préparent les funérailles de leur pauvre Fou sur g2. Une meilleure idée, comme on dit, aurait peut-être été de ne rien faire, par exemple avec 18. k h2. Contre le meil leur 18. h c2, les Noirs peuvent conti nuer à jouer de manière provocatrice par 18... h c5 et la tentative de gagner une pièce avec 19.b4 h cd7 et après 20.e5? dxe5 21.fxe5 h xe5! 22. q xe5 se révèle catastrophique : 22... b xg2+ 23. k xg2 r d2+ 24. r f2 (24. k g1 q xe5 25. r xe5 r xc2) 24... r xf2+ 25. k xf2 h g4+ gagne la Dame. Si le concept de dynamisme était déjà connu depuis longtemps, son potentiel, lui, commence à se mani fester avec la défense “Hérisson” (un excellent exemple d’accumula tion de potentiel réactif). Les joueurs d’échecs se divisent en deux groupes selon leur opinion sur le “Hérisson”. Le nombre de ses parti sans augmente, obligeant l’autre moitié à reconsidérer sérieusement la question. Mihai Suba
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Mihai Suba à Lucerne en 1982.
prêts, si nécessaire, à piquer douloureu sement leur adversaire avec les pous sées d6-d5 ou b6-b5. Cependant, cette concession volontaire d’espace n’est elle pas dangereuse ? 17.h3?! Uhlmann est généralement fidèle à ses systèmes. Dans ce cas précis, soit il voulait gagner du temps, soit il avait trouvé une faille dans sa partie victo rieuse contre le GMI Rodriguez qui se poursuivit avec 17. q d2 e5 18. h c2 exf4 19. q xf4 h c5 20. h b4 q e7? (en peu de mots, les Noirs se suicident. Après 20... q d7!? 21. h a4! est le seul coup, sinon l’avantage passe aux Noirs : 21... h h5!? ; ou 21... h xa4 22. b xf6 b xf6 23. q xf6 h c5 24. h d5 b xd5 25.exd5 a5 avec un jeu compli qué) 21. h cd5 h xd5 22.exd5 b e5 23. b xe5 dxe5 24. q f6 q xf6 25. r xf6 h d7 26. r d6 r ad8 et les Blancs sont mieux 1-0 en 38 coups Uhlmann Rodriguez à Halle 1976. 27. h c6! b xc6 28.dxc6 h c5 29. r xe5 était encore meilleur que la suite jouée dans la partie. 17… r ad8 Il n’y a rien de spécial dans ces coups d’ouverture. Le placement des Tours blanches révèle clairement l’intention des Blancs : exploiter leur avantage spatial pour lancer une attaque sur l’aile-Roi. Et il faut également considé rer la possibilité de la poussée blanche e4-e5, surtout lorsque cela permet de gagner une pièce ou de reléguer un Cavalier hors de son orbite, c’est-à-dire sur une mauvaise case comme h5, g7, etc. Quant aux Noirs, ils doivent rester retranchés et, dans l’intervalle, optimiser la réactivité de leurs pièces. Ils doivent
Wolfgang Uhlmann en 1970.
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