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VA DE SOIE

LE ROI KASIM En 2004, Rustam Kasimdzhanov est devenu le premier champion du monde ouzbek. Ce titre mondial a eu des répercussions énormes dans le pays et a ouvert la voie à toute une génération de jeunes joueurs. S a victoire en finale du championnat du monde en juillet 2004 avait causé une aussi grosse surprise dans le monde échiquéen que celle des Grecs quelques jours plus tôt à l’Euro de foot. Après Karpov, Kasparov, Kramnik, et ... Khalifman, c’est un nouveau “K” qui s’emparait de la couronne mondiale. Mais assurément pas celui qu’on atten dait. Au début de la compétition qui se déroulait en mode coupe à Tripoli, peu de bookmakers auraient misé un soum (la monnaie ouzbek) sur Rustam Kasimdzhanov, alors 44 e joueur mon dial. Et pourtant, le GMI natif de Tachkent a déjoué tous les pronostics. Après coup, les détracteurs ont eu beau jeu de dénoncer un titre tronqué et dévalorisé par l’absence en Libye de quelques-unes des plus grosses poin tures mondiales. Mais l’Ouzbek a tout de même éliminé Ivanchuk, Grischuk, Topalov et Adams, soit les quatre plus forts Elo. Le nouveau champion du monde était le premier à reconnaître qu’il ne s’y attendait pas. « Je savais qu’à la troisième ronde, je devais jouer Ivanchuk. Je pensais bien que tout pou vait s’arrêter là et j’avais déjà pris des dispositions pour le voyage retour (rires). » Ce premier titre mondial pour

l’Ouzbékistan a eu des retombées im menses. « Après ma victoire, le gou vernement m’a officiellement invité. On est venu me chercher avec ma famille en Allemagne où j’habite. L’accueil a été extraordinaire. J’ai été traité comme un héros national. » Le 17 e champion du monde, qui a entraîné par la suite Caruana et Abdusattorov et qui reste une légende vivante dans son pays à l’image d’Anand en Inde, est bien connu des joueurs français. Licencié depuis 2003 – et sans discontinuité – à Vandœuvre, Rustam Kasimdzhanov a disputé plusieurs phases de Top 16. Il a même joué en Nationale 1, alors qu’il était champion du monde, quand le club lorrain était descendu. À sa demande pour aider l’équipe à remonter. Une belle preuve de fidélité. g © D.R. Rustam Kasimdzhanov, lors du Top 12 2005 avec son club de Vandœuvre.

© D.R.

Les pièces d’Afrassiab du VII e siècle exposées au musée de Samarcande.

© S.S.M.

comme Loguinov, Serper ou Nenachev de sortir de l’ombre. Un nouveau coup de tonnerre se produit en 2004. À la surprise générale, Rustam Kasimdzhanov remporte le championnat du monde FIDE ( lire plus loin ). Ce titre mondial a des répercussions énormes sur le développement échiquéen dans le pays et va inspirer toute la génération dorée née entre 2004 et 2010 qui rêve désormais de marcher sur les traces de Kasimdzhanov. En 2021, Nodirbek Abdusattorov, le chef de file de cette géné ration dorée, montre la voie en gagnant à 17 ans le championnat du monde rapide après avoir battu Carlsen, Nepomniachtchi et Caruana dans le tournoi. Quelques mois plus tôt, le président ouzbek avait signé un décret lançant un programme ambitieux et visant à faire des échecs un sport prioritaire dans le pays. Les résultats ne se font pas atten dre, puisque l’année suivante, troisième coup de tonnerre, l’Ouzbékistan rem porte l’Olympiade de Chennai en Inde avec une équipe qui avait une moyenne d’âge de 20 ans et qui pointait à la 14 e place sur la liste de départ ! Deux ans plus tard à Budapest, avec exactement la même équipe, les Ouzbeks confirment leur installation durable au plus haut niveau en décrochant le bronze derrière l’Inde et les États-Unis. La prochaine Olympiade qui se dérou lera précisément à Samarcande, où s’était déjà disputé le Grand Swiss 2025, pourrait bien se résumer à une lutte entre l’Inde de Gukesh, Erigaisi et Praggnanandhaa et l’Ouzbékistan d’Abdusattorov, Sindarov et Yakubboev. Une bataille de jeunes prodiges dont l’ancien titan russe semble définitive ment exclu. g

LE QUADRUPLÉ POUR YAKUBBOEV

Le récent demi-finaliste de la Coupe du monde de Goa avait remporté quelques mois plus tôt son 4 e titre de champion d’Ouzbékistan. L a scène avait fait le tour des réseaux sociaux. En

de champion d’Ouzbékistan. Un cham pionnat national disputé selon une for mule coupe où le plus fort Elo s’est imposé en finale face au GMI Nigmatov (2501). En plus d’être un redoutable compéti

teur dans les tournois à éli mination directe, le quadru ple champion ouzbek est également un excellent joueur par équipe. Lors des trois Olympiades auxquelles il a participé, il marqué 21,5 points sur 27. De bon augure pour Chartres qui l’a recruté pour cette saison. Son com patriote Sindarov étant licencié à Asnières, le Top

janvier dernier, au tournoi Challengers de Wijk aan Zee, Nodirbek Yakubboev avait décliné la main tendue de son adversaire, la grand-maître indienne Vaishali Ramesh babu. Lors de la journée de repos, l’Ouzbek s’était élé gamment excusé en offrant des fleurs et des chocolats à

© D.R.

Nodirbek Yakubboev.

Vaishali et en justifiant son geste par des motifs religieux. Trois mois plus tard, Yakubboev a remporté un quatrième titre

16 2025 pourrait bien voir une revanche de la demi-finale de la der nière Coupe du monde. g

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